Deux épilogues…

Mes derniers kilomètres,

L’émotion est grande, je la ressens vibrer en moi. L’estomac serré, je ne peux retenir une larme, je vis pleinement ce moment en communion avec cette nature sauvage, sur cette route qui s’arrêtera au bout du plateau.

A vélo, nous sommes acteurs et faisons partie du monde qui nous entoure. On en perçoit, la rudesse mais aussi la fragilité, les détails, les bruits. Le départ d’un oiseau effarouché, une lumière entre deux nuages, un détail à l’horizon nous font prendre conscience de la vie qui cohabite sous toutes ses formes, de la fragilité des éléments, de nous-même, de l’instant présent mais aussi du bruit et de la brutalité d’un moteur qui passe trop vite à nos côtés, de notre fragilité, de notre existence.

Cette boule ronde sur le sommet de ce plateau, depuis 15km n’en finit pas de grossir.

Au bout de la route, le Cap Nord, après il n’y a plus rien.

Même si elle continuera un peu, notre aventure s’arrêtera là, au bout du chemin.

Le sentiment est fort, entre plaisir d’arriver, bonheur infini d’avoir réalisé un rêve, de toucher le but et la nostalgie de terminer cette itinérance.

Le vent du nord me glace, mais je suis heureux qu’il soit là, il fait partie du décor. Je l’attendais, il est là. J’espérais ce ciel bleu, il est là. C’est un moment exaltant que je suis heureux de partager avec mes 2 amis, Jean-Claude et Patrick. 

La falaise se découpe lentement, j’atteins le but !

“ Voyager est l’art de la rencontre ” ou “ Voyager sans rencontrer l’autre n’est pas voyager, c’est se déplacer ”`Voyager à vélo c’est rencontrer l’autre. Depuis Brain sur Allonnes, où, dans ce petit bistrot de village nous avons croisé 3 habitués, les rencontres se sont enchainées, parfois insolites, toujours enrichissantes.

“ Même le plus long des voyages, commence par un premier pas. ”

Ce premier pas, je l’ai fait grâce à Patrick qui m’a entrainé dans son projet. J’ai découvert la liberté qu’apporte le voyage à vélo. Aller lentement, s’arrêter ou l’on veut, rencontrer, discuter, s’extasier, photographier, vivre, tout simplement, libéré de toute contrainte.

NordKapp :

Au bout du chemin,
Face à nous, plus rien,
Le vide et la glace.
Le vent ne se lasse,
Transporte avec lui,
Nos rêves et envies…

Jean-Jacques.

 




 

Éviter le scarabée.

Le vœu formulé et exaucé, du soleil initial toulousain et final au Nordkapp, me comble. Dans les dernières rampes vers le globe emblématique, tout défile, ces 67 jours de pédalage pour atteindre ce petit bout de monde, cette ultime falaise haute mais pas très large, ce plateau où une végétation rase et fragile résiste à tous les vents que rien n’arrêtent.

Dès les premiers jours en mai, et jusqu’à l’ultime étape, la bienveillance des gens croisés étonne, le vélo harnaché de sacoches semblerait synonyme de souffrance sur la route, et attire les sympathies. Les questions seront une ritournelle : d’où venez-vous, où allez-vous, combien de kilomètres par jour, quel poids le vélo, … Les signes d’encouragement fréquents, de la main ou de la voix, d’une mamie ou d’enfants, de motards ou de camping-cars.

Deux voyages en un, avant la Norvège et…Norway. Ce pays que le Sami Ruben comparait à sa main et son bras entier pour en décrire la forme complexe, large en bas, puis s’étirant vers le nord-est en un arc étroit de quelques kilomètres de large par endroit, dans des entrelacs inextricables d’iles et de fjords. La mouette qui n’est pas taiseuse, nous a accompagnée sur toutes ces côtes, dans tous ces fjords, et on a souvent pensé qu’elle était une depuis le départ, toujours la même, c’était seulement  la même stridence, le même ricanement.

Sur ces rubans d’asphalte vers le grand nord, rien de plat, des bosses, des coups de cul, des raidars, des rampaillous, des plats montants sans fin…tout le jargon cycliste y passe, et le lest du barda nous a appris la patience quand le biclou semblait collé au bitume.

La nuit a disparu progressivement étape après étape, toujours plus vers le nord, puis, plus de repères, la lumière règne, permanente, souvent forte. Et la lune ? Bah, pas de nuit, pas de lune ! Et ce depuis peut-être l’entrée en Norvège, je ne sais plus, mais finalement, elle manque un peu.

Le voyage à vélo ou le luxe d’une lente flânerie, de la nonchalance, de l’arrêt soudain pour observer, écouter, photographier, avec la certitude de faire partie du décor, la perception de tout : du relief, du vent, de la pluie, du soleil, du froid, de la chaleur. Je jubile encore de ce spectacle ininterrompu de paysages et de ces lumières incroyables.

Les rencontres, souvent passionnantes de ces voyageurs aux envies multiples, resteront gravées longtemps. Des jeunes dans l’insouciance, à l’insatiable soif de découverte, des plus chevronnés parcourant les routes en tout sens, des milliers de kilomètres dans leurs guiboles effilées, tous forment une petite communauté cycliste itinérante qui se reconnait sur la route ou devant les traversiers et partage volontiers.

Une fois en haut, tout en haut, avec mes deux potos, il a fallu rebrousser chemin, le Gps indiquant maintenant le sud, vers la maison donc. Ces quelques jours de bonus à rebours atténuent la nostalgie, puis l’envie de rentrer se précise.

Reste la route du dernier jour : petite, qui serpente, sans circulation, avec le seul chuchotement des pneus sur l’asphalte. Ça ne couvre pas le cri de la mouette perchée sur un poteau, de la pie huitrière en contrebas, même pas le souffle de l’évent des petits rorquals dans les eaux calmes. Et puis grande vertu de la lenteur, la trajectoire précise, voir et éviter le scarabée, juste lui laisser une petite chance de traverser et continuer sa route.

Patrick.

 

L1362610

Voilà, clap de fin sur l’escapade entre amis !

22 réflexions au sujet de « Deux épilogues… »

  1. Quel clap de fin ! J’applaudis des deux pieds, deux mains ! Chouette de vous lire. Hâte d’avoir le 3e épilogue de vive voix. Note pour plus tard : Toujours éviter le scarabée, garant de nos rêves et de nos libertés. La bise. Sylvain & Carole

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  2. La lectrice que je suis, témoins discrete de votre quotidien, et de vos rencontres, est également triste que le recit de vos exploits s’achève. J aurais en contrepartie la satisfaction de vous retrouver bientôt sur nos terres Occitanes, certes plus arides, mais où se trouvent nos racines communes. Bravo encore et merci de nous avoir fait rêver. Nelly

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  3. Bravo à vous trois pour cette escapade hors norme, et pour nous l’avoir fait partager au travers de vos mots et de vos images de grande qualité. Certains textes sont d’une grande poésie, et il me semble que vous pourriez sans honte publier le tout sous forme de récit de voyage. Sylvain Tesson n’aurait pas fait mieux !

    Jean

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  4. Merci de nous avoir fait partager ce fabuleux voyages de manières aussi magnifique.
    Il me tarde d’en parler de vive voix avec vous.
    Encore bravo pour ce formidable périple
    Amicalement
    Philippe

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  5. Par vos exploits physiques, par vos mots et vos émotions partagées au quotidien, vous nous avez fait ressentir combien « la vie c’est le chemin ». Sûr que si les vélos montent dans le bus , votre chemin à vous ne peut que continuer. Il y a trop d’envie de partage dans l’air…
    Un peu triste moi aussi de lire « clap de fin », notre petit RV va me manquer, mais je souscris à la suggestion de Jean : faites rêver, faites profiter plus large. Sans doute encore de belles rencontres à la clé. .. parceque vous et votre cheminement le valez bien!
    Merci pour tout, faites provision d’air frais et bon retour …
    Brigitte

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  6. Bravo les gars , vous pouvez être très fiers de vous ! Vous avez réalisé votre rêve et comme il était difficile et beau !! Un grand coup de chapeau , vous vous êtes fait des souvenirs formidables ! Grâce à vos commentaires et vos photos , nous avons pu suivre votre voyage
    et nous avons été passionnés par toutes les péripéties et aventures auxquelles vous avez dû faire front . Merci de nous avoir permis, grâce à ce blog , de vous avoir suivi dans votre superbe aventure.

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  7. Le virus semble pris, vous êtes cuit les gars, bienvenue chez les itinéranopathes.
    Bon retour à la sédentarité, gardez vos rêves d’enfants.
    Cette année j’ai troqué mon vélo contre mes souliers, GR10 en juillet et via Alpina en août, on se verra Jean Jacques je l’espère en septembre pour échanger autour d’une bière ou deux…

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    • Merci Vincent. C’était effectivement une belle expérience avec déjà quelques désirs de nouveaux départs. Bonnes balades à toi… As tu l’intention de rédiger un blog que nous puissions suivre ton itinérance ? A bientôt et bien entendu autour d’un verre en septembre pour évoquer nos souvenirs et projets. JJ

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  8. Et bien bravo ! Ce fut un grand plaisir de vous suivre… avec un peu de décalage ! 😉
    Nous rentrons modestement de notre « promenade » avec mes enfants entre Pontivy et Nantes. Le goût de l’effort « tranquille » est toujours là et de rebute toujours pas mes enfants années après années… Ils sont même demandeur ! Le plus drôle est que je suis reparti chercher la voiture en coupant au plus court dans la journée. Refaire en 7h ce que nous avions fait en 10 jours… de vacances. J’avais la solution d’y aller en train ou Blablacar… mais c’était moins drôle ! 😉 Bref…
    Vélo… quand tu nous tiens !!!
    Bon retour sur Terre… et à bientôt pour de nouvelles aventures !!

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